Famille, je t’haine

12 décembre 2001 par brunoh

Une famille comme les autres ?

L’entité familiale incarne le premier rapport au monde extérieur du nouveau né.
L’enfant découvre ainsi la notion d’altérité au travers d’un cocon idéal, représentation symbolique de la matrice originelle.
Maman, puis papa et éventuellement les frères et sœurs.
L’emploi du terme  » cercle familial  » n’est pas innocent : c’est la forme parfaite, protectrice, l’œuf.
Puis des éléments exogènes viennent se raccrocher à cette famille  » basique  » : grands parents, oncles, tantes, cousins…
Ce n’est que lorsque l’enfant grandit qu’il est à même d’appréhender cette notion de famille élargie, qui reposerait essentiellement sur des alliances de sang…

L’alliance de sang est devenue une définition normative et obsolète de la famille

Le temps passe, et le jeune adolescent découvre non seulement que ces relations de sang ne constituent pas l’unique fondement possible de la famille, mais surtout qu’elles ne signifient pas pour autant que les rapports familiaux soient les plus profonds, les plus intéressants et les plus épanouissants à vivre.
En effet, la notion de famille a tellement évolué depuis ces trente dernières années qu’on devrait aujourd’hui dénoncer le mensonge originel de cette perception donnée à l’enfant occidental, siège de nombreuses névroses ultérieures.

La famille est avant tout une construction artificielle, géographiquement circonscrite et historiquement datée

Qu’est-ce que la famille ?
Une construction mentale et sociale, élaborée de façon différente selon les âges et les civilisations, permettant de justifier l’alliance d’individus et la création de groupes sociaux cohérents, qui partagent une règle du jeu commune.
De nombreux anthropologues ont ainsi démontré que les civilisations tribales avaient également développé ces formes d’alliances ou de transactions destinées d’une part à permettre le renouvellement et la perpétuation de la race, d’autre part à éviter l’éparpillement du patrimoine, notamment génétique.
Pourtant, cette construction mentale a beaucoup évolué en occident depuis le début des années 70.
Du  » clan « , articulé autour d’un patriarche, et d’où on ne ressortait que bafoué ou mort, la famille est devenue  » tribu « , lieu informel où passent les maris, femmes, enfants, amis et autres personnages de ces familles dites  » recomposées « .
La famille telle que la dépeignait Mauriac (notamment dans Thérèse Desqueyroux), était un univers clos, empli de non-dits et de frustrations.
Elle ne pouvait que devenir le siège d’une implosion, qui s’achevait par l’élimination de l’élément déclencheur du  » scandale « .
Le tournant décisif des années 70 s’est incarné par la transformation de l’implosion en explosion, provoquant l’inévitable dispersion des atomes de la cellule familiale.
Tel un univers miniature, la famille est donc aujourd’hui en expansion, une expansion sans limite.
Or, cette expansion ne peut se faire que par une remise en cause radicale des fondements initiaux de la famille de sang, à laquelle s’est aujourd’hui substituée une famille de cœur, ce qui ne signifie pas pour autant que cette dernière soit exempte de règles : comme tout groupe, elle ne saurait en effet s’en affranchir totalement.
 » Tu es de ma famille « , chantait déjà Jean-Jacques Goldman au milieu des années 80…
Aujourd’hui, la famille, c’est avant tout celle qu’on choisit, et de moins en moins celle qu’on subit.
Elle est devenue virtuellement absolue et mondiale, comme en témoignent les nombreuses communautés virtuelles et les chats sur Internet, axés sur des centres d’intérêt communs, et débouchant sur des amours virtuelles dont l’impact sur le psychisme humain reste encore à étudier.

Après s’être débarrassée du carcan de la génétique, la famille ne s’encombre même plus de celui des distances…

Parallèlement, l’effort de construire quelque chose avec autrui parce qu’il partage le même patrimoine génétique n’a plus de sens.
Il serait donc grand temps d’adapter la perception de ces nouveaux modes relationnels à la pédagogie, pour présenter à l’enfant des individus, qu’il aura le droit d’aimer ou de haïr, d’accepter ou de rejeter, et lui proposer de partager une expérience de vie au sein d’un groupe dont le nom même reste à réinventer, puisque la famille n’existe plus !

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