On ne peut pas plaire à tout le monde ?
Fogiel est énervant.
Ce garçon, qui mettait il y encore quelques années un peu de piment dans l’univers aseptisé des talk-shows, est devenu une navrante auto caricature.
Sa stratégie ? L’anti Synthol : appuyer là où ça fait mal.
Le problème, c’est que le tic est devenu prévisible, mécanique.
Qu’y-a-t-il d’impertinent à poser des questions vachardes à un invité qui n’est venu que pour ça ?
Même les fâcheries (comme récemment, celle de Jean-Pierre Coffe quittant bruyamment le plateau sous prétexte qu’il avait l’impression qu’on se « foutait de sa gueule ») sentent le réchauffé.
On se rejoue les meilleurs moments de « Droit de Réponse », sauf que plus personne n’y croit.
À l’époque de Polac, au moins, on s’engueulait pour de vrai, sur des clivages idéologiques essentiels, et non pas pour savoir si telle chanteuse blonde a copié son jeu de scène sur sa voisine clonée de la « Star Académy ».
Lorsqu’un invité quittait le plateau en s’exclamant « messieurs les censeurs, bonsoir », on assistait non pas à un « savoureux moment de direct », mais au témoignage vivant d’une société de la communication qui se cherchait encore.
Depuis, elle s’est trouvée.
Mais pour le pire.
Forcément, les héritiers de mai 68, qui détiennent aujourd’hui la plupart des postes de pouvoir, savent ce que signifie la « chienlit ».
Et ils connaissent aussi le meilleur moyen de la contrer.
Pour tuer dans l’œuf la subversion, il suffit de décréter que plus rien n’est subversif… Et de donner l’impression de tout tolérer, de tout accepter, pour mieux empêcher les véritables discours de fond d’atteindre leurs cibles.
Sans pensée, point de remise en cause de l’idéologie dominante.
Donc, tuons la pensée.
Payons de gentils animateurs pour poser de soi-disant questions gênantes à des invités triés sur le volet.
Jouons la comédie de la spontanéité.
Rajoutons-en même une louche de politique spectacle, et voilà dressé le portrait peu flatteur de la télévision actuelle : une sorte de real TV perpétuelle, cachée sous les atours d’une gigantesque machine à abrutir.
Car ces morceaux de vérité qu’on nous crache à la figure comme autant d’insultes sont aussi réels que des matchs de catch : tout est écrit, formaté, calculé.
De la série policière aux témoignages les plus intimistes, on donne l’impression que désormais tout est possible, que le dialogue prime, et que les individus possèdent enfin la faculté de s’exprimer au-delà de toute culpabilité.
Qui aura le courage de dénoncer ces mensonges sans se faire récupérer ?
Impossible : comme le Dieu chronos, le système télévisuel actuel a dévoré ses enfants.
Et sa stérilité ne lui permettra pas d’en engendrer d’autres.




Commentaires