Prenez-moi en grippe !

20 octobre 2005 par brunoh

Arrêtez de nous prendre pour des poules mouillées

AVIAIRE : Depuis 15 jours, plus une chance d’allumer sa télé ou sa radio sans entendre ce nouvel adjectif à la mode. Regardons ce que nous dit à ce sujet le Petit Larousse (Robert étant resté coincé dans le poulailler).
Aviaire (adjectif, du latin avis : oiseau – je pensais que ça voulait dire location de bagnoles, apparemment non !) : Qui concerne les oiseaux. La peste aviaire (sic !).
Ce qui signifie que mon Petit Larousse édition 2002 connaissait déjà l’adjectif, sa définition… et la maladie ! En effet, ceux qui ont suivi un peu attentivement les rumeurs de la basse-cour ont pu noter une sensible évolution du discours des « spécialistes », passant progressivement du terme de « grippe » à celui de « peste ». Au moins, c’est plus radical, ça possède des relents de bas Moyen-Âge : on imagine déjà des troupeaux de poulets pestiférés, relégués tels des lépreux à l’entrée des villages, avec des clochettes et des capuches, afin de mieux les reconnaître…
En attendant, tous les journaux télévisés ont eu droit à leur médecin invité, solennel, détaillant sa vision d’une maladie qui a tué à grande échelle en Asie ! Pensez donc : pas moins de 67 décès, sur 2 milliards d’habitants, tandis que notre banale grippe humaine tue chaque année en France environ 2500 personnes : il y a vraiment de quoi faire la une des journaux pendant deux semaines ! Enterré le tremblement de terre au Kashmir, oubliés les sinistrés de la Nouvelle-Orléans, on a beaucoup mieux à vous proposer : le poussin serial killer… potentiel !
Petit florilège personnel : l’intervention d’un chasseur sur l’antenne de France Inter, le 19 octobre dernier, au journal de treize heures, affirmant qu’un arrêté ministériel interdisant la chasse aux volatiles migrateurs serait encore plus nuisible « parce que grâce à nous, ils ne s’arrêtent pas et restent donc moins longtemps en France !». Toujours sur la même antenne, mais durant les questions des auditeurs du 7/9 ; un brave monsieur nous a expliqué qu’il venait d’acheter un petit pavillon en banlieue parisienne, équipé d’une cour et d’un poulailler. Ayant fait l’acquisition de deux poules « pour faire plaisir aux enfants », il se demandait s’il ne serait pas plus prudent de zigouiller au plus vite ces gallinacés, au cas où ces derniers contamineraient la famille !! Si la connerie humaine était aussi contagieuse que la grippe aviaire, je me demande s’il resterait encore des êtres vivants dans ce pays.
En attendant, nos voisins allemands, toujours prudents, viennent de supprimer leurs élevages de volailles à l’air libre : vive le poulet élevé en batterie !
En France, heureusement, nous n’en sommes pas là. De même que le nuage de Tchernobyl avait miraculeusement contourné nos frontières en 1986, nous restons convaincus que nos poules bien françaises n’accepteront jamais de frayer avec un volatile étranger, qui plus est avec un accent asiatique. Déjà qu’ils sont responsables de la ruine de notre industrie textile, voilà maintenant qu’ils nous envoient une attaque bactérienne version Père Dodu : ils ne doutent de rien ces bridés ! Oups, ça y est, je crois que je l’ai attrapée, la sarkozyte aviaire !

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