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28 avril 2011 par brunoh

Soirée Plume d'Agence 2011, ma nouvelle "Cantique des quantiques" a été retenue par le jury

Le jour de mes trente ans, j’étais seul, dans une sordide chambre d’hôtel.
Je venais de solder dix années de ma vie, sur un coup de tête.
J’avais quitté l’autoroute pour emprunter un chemin de traverse dont j’ignorais la destination.
Le jour de mes trente ans, de prétendus amis m’ont expliqué que je n’étais pas un type bien. Que je ne méritais ni leur intérêt, ni leur compassion.
Il me restait quelques semaines avant de toucher le fond, de perdre mon travail, de casser le peu de choses qui me restaient, de sauver les livres à défaut des meubles.
Le jour de mes trente ans, j’ai créé Brunoh, pensant qu’à défaut de me faire un nom, j’allais commencer avec ce simple prénom, agrémenté d’une lettre.
Il m’a permis de rencontrer des personnes que j’ai admirées, d’autres que j’ai spontanément détestées, sans toujours oser le leur dire.
J’ai cru aimer cent fois, me suis cherché dans des regards qui me renvoyaient des messages que je ne parvenais pas à décrypter.
J’ai joué, gagné, perdu, regagné, appris, compris que je n’avais rien compris, réappris, cherché, cru trouver, recherché, désappris, recommencé… Je possédais la liberté, l’envie, la force, la volonté. Pas toujours les codes idoines pour avancer, mais assez d’intelligence pour contourner les obstacles.
Au bilan de ma décennie écoulée, des créations, des succès et des échecs, des milliers de mots vendus à des personnes qui n’en ont pas toujours fait bon usage, des déménagements où les cartons de bouquins prenaient toujours plus de place, un enterrement suivi d’un mariage, sans oublier ces millions de kilomètres à pieds, en avion, à vélo et dans des véhicules où la vitesse me grisait.
Mon cul est passé du banc d’une prison à la soie d’un hôtel de Miami sans que ma tête n’oublie l’une ou l’autre de ces expériences.
Des hommes ont partagé avec moi leur savoir ; certains étaient plus doués qu’ils le pensaient, d’autres moins talentueux qu’ils ne le croyaient.
Des femmes extraordinaires ont croisé ma route, jusqu’à celle dont j’ai su retenir la main.
Chacune de ces personnes a construit l’homme que je suis aujourd’hui.

Aujourd’hui, jour de mes 40 ans, je suis seul, dans mon bureau, au rez-de-chaussée d’un duplex perdu quelque part en Alsace, pas loin d’un endroit que l’on appelle le Piémont des Vosges. Mes presque 300 amis de Facebook font défiler, au fil de cette journée, des messages de bon anniversaire sur ma page de profil. Curieusement, j’aime cette illusion de me sentir connecté à chacun d’eux par ces quelques pixels, des lettres noires sur la lumière blanche de l’écran, sonate postmoderne issue de la grande symphonie du monde.
Un nom est venu s’accoler à mon prénom : il était temps d’assumer qui je suis. D’oser, enfin. L’envie d’écrire a dépassé le stade des paillettes publicitaires pour venir s’accrocher au jupon d’une littérature qui me toise, d’un air amusé.
C’est grand, trop grand pour moi ? Tant pis, je tente quand même !
Une nouvelle publiée, suivie d’une deuxième, puis un recueil, et ces deux manuscrits de romans, qui me regardent d’un œil torve chaque fois que je fais mine de les ignorer au profit d’un client plus lucratif.
Je refuse de vieillir. La maturité m’emmerde. Les gens installés me font peur. Leurs certitudes m’apparaissent plus pernicieuses que mes premières rides.
A vingt ans, je rêvais d’être millionnaire lorsque j’en aurais quarante. A quarante ans, je suis riche d’instants partagés, de l’amour que l’on me porte, de celui que je parviens, parfois, à donner. Cette monnaie n’a aucun cours dans ce monde. Tant mieux : je ne serai jamais vendeur.
Je n’ai plus envie de tout reprendre à zéro. Juste celle d’avancer.
Mes chemins de traverse possèdent nombre de ramifications, qui sont autant de possibles.
Pour terminer, ce vœu d’anniversaire, lancé comme ça, pour que, le jour de mes 50 ans, il ne me reste plus un seul client.
Juste des lecteurs, comme vous.

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7 Réponses à “40”

  1. Miss Lipstick dit :

    Bon anniversaire à toi (en plus de tes 300 amis facebook!^^)
    J’ai adoré ton article, ce bilan d’une décennie qui a l’air d’avoir été tellement riche!
    En même temps, même si on a toujours l’impression de vivre la même chose, il suffit de se retourner un peu sur sa vie pour constater qu’on a malgré tout évolué.
    J’ai eu 37 ans la semaine dernière et je ne suis pas préssée d’en avoir 40, tout simplement parce que je n’aime pas vieillir (c’est très féminin, je le conçois) donc la seule chose que je puisse dire, c’est que ej souhaite être aussi sereine que toi quand ce jour arrivera.
    Mais j’en doute….

  2. Eve dit :

    D’après ce que je comprend … bon anniversaire Bruno ! quelque chose me titille dans ce que tu dis sur la maturité et les gens installés, parce que la maturité n’installe pas tout le monde. Je vais avoir bientôt 62 ans, j’ai peur de vieillir aussi, mais je n’ai toujours aucune certitude, tout est presque remis en question chaque matin, et heureusement. J’espère être encore là pour tes 50 ans et te lire :)

  3. lnwe dit :

    40 tchin(s) … sans en reverser une goutte !
    Bel anniversaire Brunoh et que le succès soit au rendez-vous !
    Hél.

  4. C’est tout le mal que je te souhaite… Bon anniversaire Brunoh!:-)

  5. brunoh dit :

    @Miss Lipstick : Je n’aime pas vieillir non plus, tu sais… mais je ne suis pas certain que le temps existe : la dimension temporelle, que nous décomptons arbitrairement en la transformant en mouvement (comme ceux de l’aiguille) reste un véritable mystère. Nous évoluons et avons le devoir d’avancer au mieux, c’est le plus bel hommage que l’on puisse rendre à la vie. J’espère que tu y penseras dans trois ans et que cela t’empêchera de déprimer ;-)

    @Eve : Je connais des gens mûrs et installés à 25 ans… L’âge n’est pas un critère, et je suis heureux que tu saches, à 62 ans, te remettre en question chaque matin : c’est un signe de bonne santé que nous avons en commun (et que, je l’espère, nous partagerons longtemps)

    @Hélène : merci pour tes pensées toujours bienvenues

    @Narcisse : merci aussi ;-)

  6. jgp dit :

    je te sens un peu noir, non? qqs mois encore pour moi :-)

  7. pierre f dit :

    Bruno

    j ai une très bonne nouvelle à te communiquer,
    j ai participé très récemment à une conférence sur le thème très à la mode des seniors ( nous sommes seniors à compter de 45 ans), catégorie , que je le veuille ou non , je fais partie.

    Des éminentes personnalités ont épluché le sujet,et il semblerait que la faite de la courbe du bonheur soit atteinte dans cette frange d’ age.
    ( avec une belle courbe à l’ appui projetée devant un amphithéâtre bien rempli)

    Alors grosses bises, le meilleur est à venir, tu es sur la bonne voie….

    pf

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