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Au bout du compte…

Ne plus appartenir à un réseau social est en train de devenir un privilège ; il s’agira bientôt d’un luxe ultime.
L’impératif de transparence, dans une société où le «loisir» virtuel est devenu roi, me fait songer au fait que Marx, s’il avait été notre contemporain, aurait probablement considéré Facebook comme le nouvel opium du peuple.

Une église qui ne demande rien et obtient davantage, par l’illusion du consentement, que toutes les tentatives antérieures de contrôle des populations.

J’avais imaginé pouvoir tricher. C’est effectivement possible. Paradoxalement, beaucoup plus qu’auparavant. La perspective d’une connaissance totale des individus débouche sur une opacité d’autant plus inquiétante que les repères eux-mêmes sont brouillés.
Est-ce surprenant ? Le Yin engendre le Yang – et inversement.

La transparence généralisée conduit vers une opacité totale.

Entre rumeurs et démentis, le flou nous envahit.

Qui croire ?
Comment construire son rapport aux autres et au monde ? Le retour au réel n’est pas douloureux, mais salvateur.

Se dire que, sur Facebook, je n’existais pas. Que vous n’existiez pas non plus.

Que notre relation ne tenait même pas à un fil.
Vous en voulez la preuve ?

Il vous suffit de compter les morts. Certains ont disparu avant même l’invention de ce réseau. Ces «morts-vivants» devraient nous inciter à nous poser la vraie question : celle de savoir si nous ne serions pas en train de devenir des vivants morts.

Comme dans Matrix.
Raccordés à la machine par un cordon ombilical d’autant plus difficile à couper que le monde réel nous apparaît, chaque jour, plus dur et plus cruel.

Pour ma part, j’ai tranché.
Il m’aura fallu quelques jours pour effacer, un à un, l’équivalent de six années de likes, de commentaires, de sons, d’images et d’échanges.
Les ôter de ces serveurs virtuels pour mieux les stocker dans ma mémoire organique.
La seule qui vaille.
Celle qui se tait.
Celle qui peut oublier.

 

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