À la folie…

9 novembre 2001 par brunoh

Podkowinski La Folie

La folie existe-t-elle encore dans les sociétés occidentales contemporaines ?
Plus que jamais apparemment : à chaque coin de rue, on nous propose  » des soldes de folie « , au cinéma, on est  » Fou d’Irène « , et une célèbre eau minérale gazéifiée utilise depuis près de vingt ans la signature  » c’est fou ! « .
Il fut un temps où une boisson pouvait être rafraîchissante, légèrement acide voire sucrée.
Aujourd’hui, elle possède la faculté de perdre les siennes, sans oublier l’autre petite bouteille ronde, qu’il suffisait auparavant simplement de secouer, et qui aujourd’hui est devenue  » méchante  » à cause des oranges sanguines…
Alors, entre les voitures qui ont de l’humour et les fromages de caractère, reste-t-il seulement de la place pour la folie humaine ?
Car il ne s’agit pas seulement de trouvailles de publicitaires : les objets semblent en effet de plus en plus atteints d’anthropomorphisme, tandis qu’en parallèle les sociétés occidentales paraissent se fondre chaque jour davantage dans un conformisme de bon aloi.
La notion de folie humaine est reléguée au registre du traitement médical des maladies mentales, et l’expression de la différence essentiellement évoquée d’un point de vue consuméristes.
La fameuse notion de tribu, où chacun développerait ses propres codes vestimentaires et sociaux, a remplacé depuis quelques années les bonnes vieilles catégories socio professionnelles.
Chaque individu est ainsi sommé de s’exprimer, pourvu qu’il le fasse dans ce cadre bien défini.
Comme l’écrivait le philosophe néo-marxiste Italien Antonio Gramsci  » L’Etat est une hégémonie cuirassée de coercition « .
En effet, à quoi bon réprimer en aval si on parvient à convaincre en amont du bien fondé de la parole officielle ?
Celle qui valorise la folie, l’impertinence à la télé, et qui semble défendre une liberté de façade bien consensuelle, vis à vis de laquelle on aurait mauvais jeu de faire la fine bouche.
Alors oui, soyons fous comme tous ces produits qui s’agitent avec frénésie sous nos yeux, et fermons-les bien fort pour ne pas voir que la vraie folie est ailleurs…
Pas dans les hôpitaux psychiatriques, pas chez les petits délinquants qui incendient trois voitures le jour de Noël…
Non, cette vraie folie, celle du fanatisme (notamment religieux) qui depuis quelques semaines commence vraiment à faire peur par sa soudaine médiatisation, nous bouleverse parce qu’elle remet en cause la notion de vie même.
Celle des victimes, mais également celle des bourreaux, qui n’ont pas peur de mourir pour une cause, aussi injuste et folle nous semble-t-elle.
Et contre cette vision totalement nihiliste, que pouvons-nous opposer, nous autres pauvres occidentaux attachés à nos existences individuelles ?
Notre  » soft folie  » paraît ainsi bien impuissante, voire dangereuse car elle nous cache trop facilement l’horreur de la vérité.

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